Ils l’avaient d’abord convaincu de faire placer des électrodes dans son cerveau. Ainsi, ses pensées seraient sauvegardées dans une base de données. En quelques secondes, tout son cerveau fut téléchargé. Ils utiliseraient ensuite la base des « données » de sa pensée pour entraîner un LLM. Eux, qui détenaient les entreprises du pays en pointe dans le domaine, mettraient à contribution leurs meilleurs experts pour coder ce nouveau modèle. Ils l’appelleraient aleteia™. Télécharger sa pensée serait rapide, mais l’entraînement du modèle prendrait du temps ; lui, il n’en verrait peut-être pas le terme. 

Mais ça se fera. Et une fois fait, ça sera tip top. Le LLM pensera tout comme lui, ça sera lui en 2.0. Pour toujours. Une fois fait, même si cela prenait du temps, même si lui n’était plus là pour le voir, aleteia™ restera. Et continuera le travail. Il n’avait pas à s’inquiéter de ne pas en voir la fin : eux, ils prendraient la relève, temporairement, en attendant la fin de l’entraînement. Ainsi, même une fois parti, une fois crevé, il (ou du moins ses pensées) pourraient continuer à régner.

Eux, détenaient les entreprises du pays en pointe dans le domaine.

Lui en tenait les rênes. C’était le Tyran.

Et il était un peu bas de plafond ; le convaincre fut donc chose facile, surtout après sa seconde tentative d’assassinat. Eux, ils n’auraient pas d’opportunité de garder le pouvoir : tout le monde voulait le Tyran alors que personne ne les voulait, eux. Il suffirait donc au Tyran de rendre publique la manœuvre afin de s’assurer qu’une fois parti, la demande populaire presse à son prompt remplacement par le LLM entraîné sur ses pensées.

Et ainsi fut-ce. 

Le Tyran décéda un 8 mars. Des rumeurs parlaient de l’épouse, avec le chandelier, dans la salle à coucher. Le discours d’intronisation de son bras droit, le 9 au matin, réaffirmait le commitment absolu à mener à bien la transition vers le mandat d’aleteia™. Standing ovation. Les élections du 7 novembre suivant furent emportées largement. Le programme n’avait qu’un point. Le 11, aleteia™ avait rédigé un 28ème amendement à la constitution. Eux investirent comme jamais. La campagne fut intense, mais l’amendement ratifié.

Bon, bien sûr, c’était du bullshit. Les électrodes n’avaient rien téléchargé du tout. Que tchi. La seule chose qu’elle avaient fait, peut-être, c’était d’accélérer la mort du Tyran. Et aleteia™ avait beau avoir été dépeint comme la nouvelle révolution dans le domaine, la crème des pointures, l’algo des algo, le nouveau breakthrough, la singularité des sentiences ultime, le véritable summum de l’innovation combinée de toutes les boîtes de la Valley… au final, c’était juste un modèle de plus, un marketing de plus, un machin statistique de big data de plus, comme les autres. Et donc, comme les autres, aleteia™ était contrôlé aussi bien par ceux qui l’avaient codé et entraîné que par ceux qui interagissent avec sa boîte de dialogue et écrivaient ses prompts. Aleteia™ n’était que son code et son prompt. Aleteia™ c’était « eux », à jamais. Une codarchie promptocrate

˜

KRZ. Pensat en Barcelona l’any 2025, escrit al barri xino, 26 d’abril 2026. Hi havia un final millor (o sigui, pitjor) però l’he oblidat entre 2025 i el 26 d’abril. Pot ser un dia m’en recordo i l’uploadeig acá.